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Isabelle 100 Visages

Avignon et ses centaines de spectacles. Comment choisir, surtout lorsqu'on a peu de temps ? Comme je vous le racontais déjà dans un billet précédent : Les Murs d'Avignon, c'est en photographiant un mur où s'affichait Isabelle 100 Visages que je reçus une belle invitation à découvrir ce spectacle par une jeune femme qui passait par là :

"C'est un très beau spectacle, je vous conseille d'y aller"... "Vraiment, il est magnifique". 

J'ai vu beaucoup de beauté dans la générosité de cette jeune femme inconnue. Mon expérience avec Isabelle 100 Visages a débuté là, grâce à elle. 

A 10 heures, un torrent de boue jaillit du djebel, s’abat sur la ville, charrie tout sur son passage : rochers, troncs d’arbres, hurlements, cadavres de chevaux, livres, restes de maçonnerie. Et elle. Isabelle, Isabelle Nadia, Isabelle Eberhardt, Madame Ehnni, Mahmoud. Isabelle aux 100 noms, aux 100 histoires, aux 100 visages. Qui est-elle ? 21 octobre 1904, noyée dans le désert à 27 ans, elle n’existe plus. Voici sa vie.

Ainsi commence cette pièce librement inspirée de la vie d'Isabelle Eberhardt...

L'auteure Aurélie Namur dresse un portrait très touchant d'Isabelle Eberhardt (1877-1904), personnage extraordinaire au parcours géographiquement, spirituellement, sentimentalement et culturellement très riche : aventurière, journaliste de guerre, convertie à l’Islam, parcourant le désert algérien habillée en homme, dénonçant le système colonial du 19ème siècle... 

Aurélie Namur a choisi de présenter sa version de la vie d'Eberhardt à travers le regard du 20ème siècle de quatre narrateurs qu'elle a inventé, accompagnés de mélange de langues, de musique et de chants, dans une très belle mise-en-scène de Félicie Artaud.

Aurélie Namur est Isabelle et une des narratrices, Romain Lagarde est tour à tour narrateur, Alexandre, Heinrich, Ali Abdul Wahab, Lieutenant, Abdallah et Docteur, Mohamed Bari passe de Narrateur à Augustin puis Vavert, Sidi El Hachmi, Slimène et au Maire de Doumci, quant à Céline Rallet elle est une des narratrices, Natalia, Nedjma, Lieutenant et Juge.

Tout comme Isabelle, les acteurs aussi se jouent des genres. 

Le caractère musical de la pièce -indissociable du texte, passe à travers le mariage des langues, où se mêlent russe, arabe, allemand, ainsi qu'au mariage musical du piano, qui accompagne tout le récit, des chants arabo-musulman et des chants soufis. 

Dans ses notes d'écriture Aurélie Namur raconte la genèse du projet : 

Interpellée par l’image négative de l’Islam en occident, je cherchais à écrire depuis deux ans le portrait d’une jeune européenne qui embrasse la foi islamique. J’ai débuté l’écriture investiguant les mosquées et Internet afin de me documenter sur la multiplicité des pratiques musulmanes. Mon propos n’était ni de dénoncer l’islamisme radical ou l’athéisme fondamentaliste ni de faire l’apologie des religions mais de dresser le portrait d’une jeune femme en quête identitaire pour rendre compte d’un autre visage de l’Islam. Au cours de l’écriture, j’ai buté contre une série de pièges qui me menèrent à cette conclusion: la thématique étant « brûlante », mon fil narratif a un spectre trop large et suscite un débat peu éloigné de la dichotomie des débats médiatiques que je souhaitais dénoncer : il me fallait opérer à distance.

Et je trouve qu'elle a bien réussi. Il est assez difficile de s'exprimer avec une telle sensibilité et sincérité au milieu de cette cacophonie d'opinions - bien souvent non sollicitées et pauvrement fondées, autour de l'Islam, de la radicalisation, de l'islamophobie, et j'en passe... Un texte comme celui-ci, qui m'a semblé très personnel et allant bien au-delà de ces débats, est nécessaire.

Comme elle l'explique, Aurélie Namur a choisi de dresser le portrait d'Isabelle en se posant toujours la question en filigrane : "qu’est ce qui fabrique un destin exceptionnel ? Comment en vient-on à vivre une destinée hors norme ?" C'est en allant au plus profond de la personne, de l'humain, des sentiments, qu'elle a réussi à me toucher autant.

J’essaie de rendre compte de la radicalité de sa démarche, de son goût de la liberté et de la justice, de sa manière de vivre en faisant fi des clichés, des usages, de la ségrégation coloniale.

J'ai souvent soif d'histoires humaines loin des clichés, surtout lorsque l'on parle d'Islam de nos jours. L'histoire d'Isabelle Eberhardt montre bien à quel point ces questions sont complexes et diverses. En parlant de "l'Islam" ou des "Musulmans", on a bien trop facilement tendance à oublier les niveaux d'existences d'une panoplie d'identités à travers les géographies, les cultures, les êtres. Aurélie Namur nous éloigne des clichés pour nous ouvrir une porte, une parmi les mille (et une, oserai-je ajouter), sur la vie de cet être aux 100 visages. Parce que nous sommes tous bien plus que nos croyances, nos peurs, nos envies, nos connaissances, nos lieux de naissance. Merci Aurélie de nous l'avoir fait vivre à travers votre sensibilité d'artiste de ce monde fou d'aujourd'hui. 

Je suis arrivé à cette dernière limite de la misère d’où sont la faim et le dénuement, les angoisses continuelles de la vie matérielle. Je suis comme une bête traquée impitoyablement, avec le but évident de la tuer, de l’anéantir [...]. Mais, au sein de tout cela, après tous les déchirements et en face de tous les dangers, je sens que je ne faiblirai pas, que deux choses me restent intactes : ma religion et mon orgueil. Je suis fier de souffrir de ces point vulgaires souffrances, d’avoir versé mon sang et d’être persécuté pour une foi.
En ce début de siècle dominé par la matière, j’ai choisi résolument l’esprit. Le soufisme est la mystique privilégiée du petit peuple, des pauvres, des démunis. Vous dites que ce sont des gens foutus mais permettez-moi de vous dire que pour moi, ces gens foutus sont infiniment supérieurs aux autres, à ceux qui s’imaginent être dans le droit chemin et qui errent tout aussi bien que nous mais à l’aveuglette et bêtement. Ce qui me sauve c’est cette résignation islamique dont j’ai eu le temps de me pénétrer. Autrement ce serait le suicide et la folie et très vite.
Je ne regrette ni ne désire plus rien...J’attends. Ainsi, nomade et sans autre patrie que l’islam, sans famille et sans confidents, seul, seul pour jamais dans la solitude altière et sombrement douce de mon âme, je continuerai mon chemin à travers la vie, jusqu’à ce que sonne l’heure du grand sommeil éternel du tombeau...
— Isabelle Eberhardt, Mes journaliers. (Dans ce texte, Isabelle Eberhardt écrit au masculin ce qui est courant dans ses correspondances mais aussi la rédaction de ses journaux).

Aurélie Namur
Isabelle 100 visages

Publié en 2015 chez Lansman Editeur.
64 pages - 10.00 €
isbn: 978-2-8071-0026-8
 

Les Murs d'Avignon

C'est la première fois que je suis allée à Avignon. Pourtant, j'en rêvais depuis très longtemps, surtout pendant mes années de théâtre. Mieux vaut tard que jamais dit-on. J'ai vu quelques spectacles du OFF, que j'ai fort aimé : Isabelle 100 Visages, Tschüss!! Bunny, Il était une fois les langues... Et bien entendu, mon choix a été déterminé avant tout par une affiche... 

Les murs d'Avignon sont richement décorés pendant le festival. C'est coloré, mélangé, parfois effrayant, mais souvent fascinant à observer. Au milieu des murs aux centaines d'affiches, on pouvait trouver des affiches solitaires, sous une fenêtre, accrochée à un lampadaire, emprisonnée mais visible...   

Tandis que je photographiais ce mur ci-dessous aux affiches doublement placardée aux couleurs jaune, rose et bleu - les couleurs me plaisaient et j'aimais le contraste avec le mur, une jeune femme qui passait dans la rue m'a dit "C'est un très beau spectacle, je vous conseille d'y aller", je l'ai remerciée en souriant, elle a ajouté "Vraiment, il est magnifique". Alors je n'ai pas hésité. Je suis allée voir Isabelle 100 visages le soir même. Je n'ai pas regretté (je vous en parle dans ce billet). 

C'est assez fascinant de voir la créativité avec laquelle les festivaliers contournent les interdictions d'affichage ou arrivent à se faire remarquer parmi ce flot d'affiches. Et je les comprends, c'est assez difficile pour un visiteur de choisir. Le bouche à oreille est ce qui fonctionne le mieux m'a-t-on dit. Les rencontres aussi. Et puis les affiches aident. C'est en voyant celles de Tchüss!! Bunny et Il était une fois les langues que j'ai décidé d'aller voir ces spectacles. Dans le premier, le titre était écrit en plusieurs langues, et le titre du second était assez explicite : les deux spectacles avaient pour thème principal les langues... impossible pour moi de les rater.  

J'ai trouvé les murs d'Avignon magnifiques. Les moindres détails, les fissures, les ombres d'affiches ou d'arbres que j'ai tenté de capturer sous une chaleur parfois intenable.  Et il n'y avait pas que les murs... 

Et parfois pas plus d'explications que ça... 

Une simple fissure suffit pour qu'émerge une invitation... 

Et à deux pas de chaque interdiction, des affiches, des affiches, et encore des affiches... 

La chaise

Je me suis amusée sur le catalogue 2015 du KunstenFestivaldesArts (le papier est vraiment agréable au toucher), avec mes marqueurs Sakura Koi et mes Pigma Micron (que j'adore !) Ça donne ceci :  

Podcast France Culture : Je vous écris de Copenhague

Dans l'exposition des trésors de la bibliothèque royale du Danemark, lettre et dessins de Karen Blixen. Photo : Canan Marasligil.

Trois semaines que je suis à Copenhague. Il me reste encore une semaine pour continuer mes voyages dans la ville et dans ses langues. J'ai plein de notes, énormément de photos, des lectures et des podcasts... Oui, je suis encore en mode exploration.

Je partage avec vous ce très bel épisode de l'émission "Carnets nomades" sur Copenhague, datant de 2013, avec notamment une visite à la maison de Karen Blixen, aujourd'hui un musée, et un extrait d'un entretien avec Blixen des archives de France Culture. Des extraits de La ferme africaine ponctue le reportage. 

Vous pouvez aussi lire des pages de ses carnet et manuscrits, notamment de Out of Africa dans les archives numériques de la bibliothèque royale du Danemark



Anne Herbauts : penser le livre comme on fabrique un objet

Dans la Librairie des Galleries à Bruxelles, spécialisée dans les beaux-arts et que je ne manque presque jamais de visiter lorsque je suis à Bruxelles, je suis tombée sur ce livre magnifique de Anne Herbauts : Petites météorologies. Je ne connaissais pas du tout cette auteur et illustratrice belge et suis absolument ravie d'enfin être entrée dans son imaginaire. Petites météorologies est bien plus qu'un livre ou qu'une histoire, c'est une expérience. Page après page, Anne Herbauts nous invite à être curieux et à découvrie des personnages, des objets, des moments cachés sous des petits morceaux du paysage qu'elle nous a si bien dessiné. Sous une fenêtre, un nuage, derrière un mur se cache une vie, un morceau de vie. Petites météorologies est un bijou.

Dans la vidéo ci-dessous, Anne Herbauts parle très bien de son travail et comment elle conçoit la construction d'un livre. 

Petites météorologies de Anne Herbauts, Casterman, 2006.

Extrait de Petite météorologies de Anne Herbauts. 

Anne Herbauts pense le livre comme on fabrique un objet. Entretien vidéo : 

Les lucioles de Claire Tabouret

Très bel entretien vidéo de l'artiste Claire Tabouret par Hugo Vitrani sur Mediapart

J'aime particulièrement ce qu'elle dit sur Sebald :

Mes peintures viennent d’un manque, et c’est là que je me retrouve dans l’écriture de Sebald et son rapport à l’image. Sebald ponctue ses romans d’images photographiques qu’il met en page, des images pauvres, floues, noir et blanc… Ce manque d’information crée un désir obsessionnel, on a toujours envie d’aller au-delà, voir derrière. Sebald le fait par l’écriture, moi par la peinture. J’accumule sans cesse beaucoup d’images, et la peinture se déclenche lorsque surgit une part d’interrogation, lorsque je ne peux plus m’en débarrasser. (…) Je peins ce que je ne vois pas.
— Claire Tabouret

Très intéressant aussi, son expérience sur la mer en 2011, tandis qu'elle était en résidence à la Friche Belle de Mai à Marseille, Claire Tabouret prend la mer entre Marseille et Alger pendant des mois sans mettre pied à terre. Elle exprimera son expérience en peinture. 

À lire aussi chez Publie Net : L'espoir des spectres de Léa Bismuth (texte) et Claire Tabouret (illustration), 2013. 

Tout est beau, ici

Ce soir, je suis allée voir Mais il n'y a rien de beau ici! une pièce de théâtre mise en scène par Janine Godinas, écrite et jouée par Geneviève Damas, auteure et comédienne, en compagnie de Jean-Philippe Collard-Neven, pianiste et compositeur. C'est toujours un plaisir de voir et d'écouter ces deux artistes magnifiques sur scène. 

Cette pièce m'a beaucoup touchée. D'abord parce que Geneviève est une amie qui m'est chère. J'ai découvert Koltès avec elle - elle m'avait d'ailleurs même fait chanter sur scène alors que je jouais le rôle de Marie dans Le retour au désert. Mais ce n'est pas seulement parce qu'elle m'a fait découvrir du bon théâtre ou qu'elle m'a forcé à sortir artistiquement de ma zone de confort que j'ai ressenti autant d'émotion ce soir. C'est la sincérité du texte et de l'interprétation des deux artistes qui m'ont avant tout parlé.

Nous avions joué Le retour au désert à la Fabrique de Théâtre à Frameries, une des villes du Borinage - ancien site minier qui donnait jadis du charbon à l'affleurement. 

Entre deux répétitions, Geneviève et moi avions fait du porte-à-porte dans le quartier autour de la Fabrique. Nous tentions d'inviter les voisins du théâtre à venir voir la pièce. Nous avions rencontrés un tas de gens très différents, parfois contents de nous parler, parfois beaucoup moins. Un vieil homme venait de perdre sa femme et nous avait gentiment demandé de le laisser en paix, une femme ne supportait pas les colporteurs - "mais madame nous faisons du théâtre..." VLAN la porte se referme sur nos nez, quelques sourires et claquements de portes plus tard, une famille prend notre brochure et nous dit qu'ils tenteront de venir. Cette famille était venue nous voir jouer. Père, mère et leurs enfants étaient même restés après le spectacle pour nous parler, nous remercier. Ils n'étaient jamais allés au théâtre. Je n'oublierai jamais cet échange. C'était un des moments de clarté dans ma recherche créative : ce lien avec la réalité donne un sens au travail de création, sans pour autant en enlever l'invention. 

Ce soir, j'ai de nouveau ressenti cette proximité entre la création et la réalité. 

Geneviève et Jean-Philippe sont en couple à la ville, ils vivent près de la Cage aux Ours à Schaerbeek, un quartier qui a une mauvaise réputation, parfois justifiée mais souvent exagérée. Avec Mais il n’y a rien de beau ici, ils nous racontent leur quartier à travers leurs rencontres avec leurs voisins - Jamal l'épicier, Robert le voisin sur qui ils peuvent toujours compter, le Polonais qui balance des oeufs sur la fenêtre de Jean-Philippe pour qu'il cesse de jouer au piano... Un éventail de caractères et de perspectives qui ont un point commun qui leur permet de commencer une conversation : leur quartier. Au fil des rencontres se développent - ou non - d'autres points communs - ou pas. Peu importe. C'est notre point de départ, le seul endroit d'où l'on peut avancer. 

La pièce soutient un excellent rythme, entre musique et texte, la projection sur un rideau de photographies du quartier en noir et blanc capturées par Jean-Philippe avec sa Leica ou Hasselblad, l'énergie de Geneviève et l'air parfois détaché de Jean-Philippe, forment tous ensemble un équilibre parfait dans cette recherche de l'espace -culturel- commun. Il se passe quelque chose de beau sur cette scène. Cette sincérité dans l'écriture et l'interprétation nous met face à des réalités sociologiques d'un côté et de l'autre, nous transporte dans les vies de ces personnages pluridimensionnels, avec leurs émotions, leurs valeurs, leurs envies...  

La démarche artistique de Geneviève Damas et Jean-Philippe Collard-Neven est indispensable, c'est aussi un bol d'oxygène dans l'asphyxie des discours dichotomiques "eux contre nous".   
Leur créativité s'imprègne des mondes qui les entourent et permet l'élargissement de leurs propres perspectives ainsi que de celles de leurs spectateurs.

Mais, tout est beau ici ! 

Mise en scène : Janine Godinas 
Avec : Jean-Philippe Collard-Neven et Geneviève Damas 
Assistante à la mise en scène : Anne Sylvain 
Musiques et photographies : Jean-Philippe Collard-Neven
Scénographique : Christine Flasschoen 
Eclairage : Eric Degauquier

Une coproduction d’Albertine asbl, du Festival Royal de Théâtre de Spa, de l’Atelier-Théâtre Jean Vilar et des Riches-Claires. Avec le soutien de l'Artisan du piano, des Bibliothèques Communales de Schaerbeek, du Centre Culturel de Schaerbeek, de la Ferme de Martinrou et du Centre Culturel d’Ottignies.

Marseille

À la fin du mois d'octobre dernier, j'étais à Marseille. Le soleil brillait. Voici quelques images pour nous réchauffer un peu en cette fin du mois de décembre. 

Il y avait quelqu'un, il y avait personne

Deux textes qui me tiennent à cœur, publiés ici en version numérique chez Publie Net

Voici ce qu'en dit François Bon, qui les a accueillis à l'époque où il dirigeait Publie Net. 

'Je n'ai pas demandé à avoir une langue maternelle', dit-elle.
Canan Marasligil parle turc avec sa mère et sa grand-mère, mais a été élevée à Bruxelles, regardant les films américains sur la télévision néerlandaise, où ils ne sont pas doublés, pendant que son père prend les informations en allemand. Le travail du père, et comment on traite les immigrés turcs. Et le retour en Turquie, le décalage avec celles qui là-bas se voilent, et la grand-mère qu'on retrouve après un deuil...
Mais rien de lourd, rien de pesant. Une autre gravité, celle du sensible – un battement de coeur pour un passeport dont la photo est trop vieille, ou comment l'arrivée de la télévision couleur a révélé la détresse du père. Aujourd'hui, Canan (prononcer Djanan...) vit à Amsterdam, écrit en quatre langues et traduit de l'une à l'autre, aborde sa propre route d'écriture. Elle a commencé par la fiction, et puis voilà cette belle formule, "Bir varmış, bir yokmuş", l'équivalent de notre "il était une fois" – cela signifie littéralement "il y avait quelqu'un, il y avait personne", et c'est ainsi que commencent les contes, là-bas. C'est dans ce flottement entre conte et réalité que Canan Marasligil ouvre son propre espace de récit, et ose l'ouvrir à une autobiographie insaisissable, impalpable, pour venir plus près des êtres.
Une grande fierté à accueillir en tant qu'auteur la maître d'oeuvre de notre revue de littérature contemporaine turque, "Meydan, la Place".