Podcast: Art for your Ear by the Jealous Curator

I love podcasts and I listen to a lot of them, about tech, comics, art, productivity... mostly in English and in French (these ones are radio programmes I listen to once they are available to podcast). I will start sharing my favorite ones on a more regular basis on the blog.

I want to start with a podcast I have recently started listening to: the Jealous Curator's Art for your Ear. Danielle Krysa (aka the Jealous Curator) has been blogging daily about art and showcasing artists for about six years. And now, with this weekly podcast, she interviews artists in a very original way to get the best stories. It works really well because she knows these artists, most are people she has worked with on her projects or her books (like her Creative Block book with an array of artists advising on how to get over creative block is really inspiring) . I especially like the Art for your Ear podcast because it is funny and light while being full of enriching stories. Danielle achieves that balance very well and in about half an hour, you learn about an artist's life and work. 

The first episode sets the tone, Danielle talks to Martha Rich and the episode is entitled "meat and cake and lobsters and wigs", and her most recent interview is with Lisa Congdon, an artist I admire a lot.

So have a listen and enjoy!

Isabelle 100 Visages

Avignon et ses centaines de spectacles. Comment choisir, surtout lorsqu'on a peu de temps ? Comme je vous le racontais déjà dans un billet précédent : Les Murs d'Avignon, c'est en photographiant un mur où s'affichait Isabelle 100 Visages que je reçus une belle invitation à découvrir ce spectacle par une jeune femme qui passait par là :

"C'est un très beau spectacle, je vous conseille d'y aller"... "Vraiment, il est magnifique". 

J'ai vu beaucoup de beauté dans la générosité de cette jeune femme inconnue. Mon expérience avec Isabelle 100 Visages a débuté là, grâce à elle. 

A 10 heures, un torrent de boue jaillit du djebel, s’abat sur la ville, charrie tout sur son passage : rochers, troncs d’arbres, hurlements, cadavres de chevaux, livres, restes de maçonnerie. Et elle. Isabelle, Isabelle Nadia, Isabelle Eberhardt, Madame Ehnni, Mahmoud. Isabelle aux 100 noms, aux 100 histoires, aux 100 visages. Qui est-elle ? 21 octobre 1904, noyée dans le désert à 27 ans, elle n’existe plus. Voici sa vie.

Ainsi commence cette pièce librement inspirée de la vie d'Isabelle Eberhardt...

L'auteure Aurélie Namur dresse un portrait très touchant d'Isabelle Eberhardt (1877-1904), personnage extraordinaire au parcours géographiquement, spirituellement, sentimentalement et culturellement très riche : aventurière, journaliste de guerre, convertie à l’Islam, parcourant le désert algérien habillée en homme, dénonçant le système colonial du 19ème siècle... 

Aurélie Namur a choisi de présenter sa version de la vie d'Eberhardt à travers le regard du 20ème siècle de quatre narrateurs qu'elle a inventé, accompagnés de mélange de langues, de musique et de chants, dans une très belle mise-en-scène de Félicie Artaud.

Aurélie Namur est Isabelle et une des narratrices, Romain Lagarde est tour à tour narrateur, Alexandre, Heinrich, Ali Abdul Wahab, Lieutenant, Abdallah et Docteur, Mohamed Bari passe de Narrateur à Augustin puis Vavert, Sidi El Hachmi, Slimène et au Maire de Doumci, quant à Céline Rallet elle est une des narratrices, Natalia, Nedjma, Lieutenant et Juge.

Tout comme Isabelle, les acteurs aussi se jouent des genres. 

Le caractère musical de la pièce -indissociable du texte, passe à travers le mariage des langues, où se mêlent russe, arabe, allemand, ainsi qu'au mariage musical du piano, qui accompagne tout le récit, des chants arabo-musulman et des chants soufis. 

Dans ses notes d'écriture Aurélie Namur raconte la genèse du projet : 

Interpellée par l’image négative de l’Islam en occident, je cherchais à écrire depuis deux ans le portrait d’une jeune européenne qui embrasse la foi islamique. J’ai débuté l’écriture investiguant les mosquées et Internet afin de me documenter sur la multiplicité des pratiques musulmanes. Mon propos n’était ni de dénoncer l’islamisme radical ou l’athéisme fondamentaliste ni de faire l’apologie des religions mais de dresser le portrait d’une jeune femme en quête identitaire pour rendre compte d’un autre visage de l’Islam. Au cours de l’écriture, j’ai buté contre une série de pièges qui me menèrent à cette conclusion: la thématique étant « brûlante », mon fil narratif a un spectre trop large et suscite un débat peu éloigné de la dichotomie des débats médiatiques que je souhaitais dénoncer : il me fallait opérer à distance.

Et je trouve qu'elle a bien réussi. Il est assez difficile de s'exprimer avec une telle sensibilité et sincérité au milieu de cette cacophonie d'opinions - bien souvent non sollicitées et pauvrement fondées, autour de l'Islam, de la radicalisation, de l'islamophobie, et j'en passe... Un texte comme celui-ci, qui m'a semblé très personnel et allant bien au-delà de ces débats, est nécessaire.

Comme elle l'explique, Aurélie Namur a choisi de dresser le portrait d'Isabelle en se posant toujours la question en filigrane : "qu’est ce qui fabrique un destin exceptionnel ? Comment en vient-on à vivre une destinée hors norme ?" C'est en allant au plus profond de la personne, de l'humain, des sentiments, qu'elle a réussi à me toucher autant.

J’essaie de rendre compte de la radicalité de sa démarche, de son goût de la liberté et de la justice, de sa manière de vivre en faisant fi des clichés, des usages, de la ségrégation coloniale.

J'ai souvent soif d'histoires humaines loin des clichés, surtout lorsque l'on parle d'Islam de nos jours. L'histoire d'Isabelle Eberhardt montre bien à quel point ces questions sont complexes et diverses. En parlant de "l'Islam" ou des "Musulmans", on a bien trop facilement tendance à oublier les niveaux d'existences d'une panoplie d'identités à travers les géographies, les cultures, les êtres. Aurélie Namur nous éloigne des clichés pour nous ouvrir une porte, une parmi les mille (et une, oserai-je ajouter), sur la vie de cet être aux 100 visages. Parce que nous sommes tous bien plus que nos croyances, nos peurs, nos envies, nos connaissances, nos lieux de naissance. Merci Aurélie de nous l'avoir fait vivre à travers votre sensibilité d'artiste de ce monde fou d'aujourd'hui. 

Je suis arrivé à cette dernière limite de la misère d’où sont la faim et le dénuement, les angoisses continuelles de la vie matérielle. Je suis comme une bête traquée impitoyablement, avec le but évident de la tuer, de l’anéantir [...]. Mais, au sein de tout cela, après tous les déchirements et en face de tous les dangers, je sens que je ne faiblirai pas, que deux choses me restent intactes : ma religion et mon orgueil. Je suis fier de souffrir de ces point vulgaires souffrances, d’avoir versé mon sang et d’être persécuté pour une foi.
En ce début de siècle dominé par la matière, j’ai choisi résolument l’esprit. Le soufisme est la mystique privilégiée du petit peuple, des pauvres, des démunis. Vous dites que ce sont des gens foutus mais permettez-moi de vous dire que pour moi, ces gens foutus sont infiniment supérieurs aux autres, à ceux qui s’imaginent être dans le droit chemin et qui errent tout aussi bien que nous mais à l’aveuglette et bêtement. Ce qui me sauve c’est cette résignation islamique dont j’ai eu le temps de me pénétrer. Autrement ce serait le suicide et la folie et très vite.
Je ne regrette ni ne désire plus rien...J’attends. Ainsi, nomade et sans autre patrie que l’islam, sans famille et sans confidents, seul, seul pour jamais dans la solitude altière et sombrement douce de mon âme, je continuerai mon chemin à travers la vie, jusqu’à ce que sonne l’heure du grand sommeil éternel du tombeau...
— Isabelle Eberhardt, Mes journaliers. (Dans ce texte, Isabelle Eberhardt écrit au masculin ce qui est courant dans ses correspondances mais aussi la rédaction de ses journaux).

Aurélie Namur
Isabelle 100 visages

Publié en 2015 chez Lansman Editeur.
64 pages - 10.00 €
isbn: 978-2-8071-0026-8
 

Story of a residency: WAAW Senegal

The entrance of WAAW.

It can take more time to reflect on what you have seen, learned, heard, experienced and felt coming back from one particular place than from any other.

That is what happened to me after my short visit to Saint-Louis, Northwest of Senegal, 320km from Dakar, as part of a residency with WAAW. I met wonderful and very inspiring people, I have seen unique places and I learned so much through the conversations I had with everyone. 

The WAAW residency viewed from the terrace.

I want to start this much belated series of posts about my residency in Senegal by presenting you the WAAW residency space and the people behind this wonderful endeavour.

From the terrace.

I have to thank two very special people for making this residency possible: Jarmo Pikkujämsä and Staffan Martikainen, the founders of WAAW. Two very passionate and knowledgeable professionals about Senegal and West Africa, they both traveled a lot in the region and have organised many tours throughout Africa and the Middle East with Harmattan Tours.

Jarmo holds a Ph.D. in African Literature from the School of Oriental and African Studies (UK). He has a strong interest and knowledge of coffee (he is the owner of Aksum Coffee House in Brussels) and in promoting cultural production. 

Staffan is a translator at the European Commission in Brussels. He is fascinated by West African music, languages and crafts. After importing African craft and design to Finland and Belgium he founded the Yelema association for the promotion of artisans.

And they are among the friendliest people I have ever met. 

The view from the WAAW terrace.

WAAW is situated in the heart of Saint-Louis, called Ndar in Wolof. 

Saint-Louis is a former colonial town, it was the capital of the French colony of Senegal from 1673 until 1902 and French West Africa from 1895 until 1902, when the capital was moved to Dakar. The city, which I will tell you more about in a later post in this series, is truly fascinating and filled with architectural gems.

The view on the street from WAAW entrance door.

A very important component of a residency at WAAW is exchange. You don't come here to be alone and do your thing, WAAW is a place for encounters between all kinds of people working in different areas. The place itself is surrounded with local cultural traditions including music, dance and various crafts, and you will see many local artists and makers coming to say hello to the residents. Jarmo and Staffan also organise events at WAAW itself as well as with local partners. 

Musician and instrument builder Abdoukhader Diop is getting ready inside WAAW to share his passion and knowledge.

The programme that was prepared for the one week residency was very intense - one of the reasons why it also took me so long to dive back into it all and have a serious reflection about this experience. So I met local writers, musicians, artists, weavers, a festival organiser, a village chief, a calligrapher, university students, filmmakers, business owners... and a lot lot more, many of these encounters I will also write about in later posts. 

The terrace at WAAW.

I can without any doubt say that Saint-Louis has stolen my heart and that WAAW is most certainly one of the main reasons why.

The entrance of the terrace of WAAW

I am now experiencing this journey again, through all the material I have collected during my residency, starting with these images of the residency space, which I hope will be an invitation for you to apply for this residency

Studio space at WAAW

Some practical information about WAAW:

  • Waaw is open to representatives of all artistic and academic disciplines, but especially professionals in visual arts, crafts and design are encouraged to apply.
  • The residence comprises 6 bedrooms; shared kitchens and bathrooms around a common courtyard.
  • 2 larger rooms are available for work, exhibitions or other work. Work space for special purposes, such as dance/performances can be rented cheaply outside the centre.
  • Tools, musical instruments, space for dance/performances can be rented cheaply outside the centre.

For further information, visit the WAAW website  

and most importantly:

Stairs going up to the terrace (and the beautiful Bougainvillea peaking from above)

In my next post of this Senegalese series, I will dive into the city of Saint-Louis. But without rush, I told you some visits need - and deserve - more time. 

Les Murs d'Avignon

C'est la première fois que je suis allée à Avignon. Pourtant, j'en rêvais depuis très longtemps, surtout pendant mes années de théâtre. Mieux vaut tard que jamais dit-on. J'ai vu quelques spectacles du OFF, que j'ai fort aimé : Isabelle 100 Visages, Tschüss!! Bunny, Il était une fois les langues... Et bien entendu, mon choix a été déterminé avant tout par une affiche... 

Les murs d'Avignon sont richement décorés pendant le festival. C'est coloré, mélangé, parfois effrayant, mais souvent fascinant à observer. Au milieu des murs aux centaines d'affiches, on pouvait trouver des affiches solitaires, sous une fenêtre, accrochée à un lampadaire, emprisonnée mais visible...   

Tandis que je photographiais ce mur ci-dessous aux affiches doublement placardée aux couleurs jaune, rose et bleu - les couleurs me plaisaient et j'aimais le contraste avec le mur, une jeune femme qui passait dans la rue m'a dit "C'est un très beau spectacle, je vous conseille d'y aller", je l'ai remerciée en souriant, elle a ajouté "Vraiment, il est magnifique". Alors je n'ai pas hésité. Je suis allée voir Isabelle 100 visages le soir même. Je n'ai pas regretté (je vous en parle dans ce billet). 

C'est assez fascinant de voir la créativité avec laquelle les festivaliers contournent les interdictions d'affichage ou arrivent à se faire remarquer parmi ce flot d'affiches. Et je les comprends, c'est assez difficile pour un visiteur de choisir. Le bouche à oreille est ce qui fonctionne le mieux m'a-t-on dit. Les rencontres aussi. Et puis les affiches aident. C'est en voyant celles de Tchüss!! Bunny et Il était une fois les langues que j'ai décidé d'aller voir ces spectacles. Dans le premier, le titre était écrit en plusieurs langues, et le titre du second était assez explicite : les deux spectacles avaient pour thème principal les langues... impossible pour moi de les rater.  

J'ai trouvé les murs d'Avignon magnifiques. Les moindres détails, les fissures, les ombres d'affiches ou d'arbres que j'ai tenté de capturer sous une chaleur parfois intenable.  Et il n'y avait pas que les murs... 

Et parfois pas plus d'explications que ça... 

Une simple fissure suffit pour qu'émerge une invitation... 

Et à deux pas de chaque interdiction, des affiches, des affiches, et encore des affiches...